Le quatrième psychanalyste


Extraits de l'ouvrage « Les trois neveux, ou l'égoïsme et l'altruisme réconciliés »

Bruno Viard  -  Presses Universitaires de France, avril 2002

Reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteur et de l'éditeur.

« Paul Diel est né à Vienne en Autriche, en 1893, de mère allemande et de père inconnu. Il passa huit années dans un orphelinat religieux et perdit sa mère à 13 ans. Après avoir passé son bac avec le soutien d'un tuteur, il vécut librement et pauvrement, ne fréquenta pas l'université et se cultiva en autodidacte. Il lut beaucoup les philosophes (Spinoza, Kant), mais travailla aussi les sciences, physique et biologie. Après avoir été acteur et avoir écrit de la poésie et un roman, il s'orienta vers la psychologie, étudia Adler et Freud, cherchant à comprendre le sens de la vie et sa propre souffrance. Ses premières œuvres en langue allemande suscitèrent l'enthousiasme d'Albert Einstein mais ne purent être publiées à cause de l'Anschluss. Marié à une française, il émigra en France. Bien qu'engagé dans l'armée française, il fut interné par Vichy dans le camp du Gurs, réservé aux étrangers. En 1945, il entra au CNRS dans le laboratoire de bio-psychologie d'Henri Wallon. Ses principales œuvres parurent en français aux PUF, puis chez Payot : Psychologie de la motivation (1947), La divinité (1950), Le symbolisme dans la mythologie grecque (1952), La peur et l'angoisse (1956), Éducation et rééducation (1961), Psychologie, psychanalyse et médecine (1968), Le symbolisme dans la Bible (1975). Il créa en 1964 l'Association de psychologie de la motivation, qui publie une revue semestrielle. Il mourut à Paris en 1972.

« On pourrait dire de Paul Diel qu'il est un « neveux », un parent pauvre de Freud, pauvre en raison de l'ombre que le grand ancêtre lui a faite, mais riche d'une œuvre aussi grande et profonde que méconnue. Henri Wallon faisait remarquer qu'après Freud, Adler et Jung, Diel était le quatrième psychanalyste. Diel, fractionnant la boîte noire du subconscient par des voies différentes de celles de Freud, a fait un pas nouveau en direction de la psychologie, en analysant la structure du moi égoïste et la structure du moi altruiste. Il révèle le résidu subconscient des conduites faussées. Sa découverte est que ces deux moi qui semblent l'un et l'autre calés dans une position unilatérale et unidimensionnelle, sont en réalité eux-mêmes divisés, clivés, scindés, tiraillés, et que le moi égoïste en position inflationniste [1] se trouve flanqué d'un double en pleine déflation, tandis que le moi altruiste, en posture plus modeste apparemment, voit son double égoïste toujours sur ses talons. Un jeu à somme nulle, donc. Tout se passe comme si ce qui avait été évacué dans les conduites se réfugiait dans le subconscient pour resurgir ensuite sous forme de symptômes. Diel mettra au cœur de sa « psychique » le besoin de reconnaissance (…). On verra même que la reconnaissance, loin d'être un objet de don parmi d'autres, en est le cœur. La forme corrompue du besoin de reconnaissance est la vanité. C'est la vanité et non plus la libido que démasquera l'exploration du subconscient. La vanité est une enflure du moi, un vide qui veut se faire prendre pour un plein (…).

« Alfred Adler rompit définitivement et très brutalement avec Freud en 1911 : la pomme de discorde était la sexualité, à laquelle Adler contestait la priorité en matière psychologique. C'est tout le destin de la psychanalyse qui se jouait là. Freud refusait au sujet de la compétence politique, au sens large du mot, qu'introduisait Adler par le biais du sentiment social et du besoin d'estime dont il faisait le ressort dominant dans la constitution de la personnalité. Dans sa plus grande partie, le train de la psychanalyse du XXe siècle se laissa entraîner par la locomotive freudienne, abandonnant la pensée d'Alfred Adler sur une sorte de voie de garage. Elle constitue depuis 1911 le refoulé politique, au sens indiqué, de la psychanalyse. Sans être un disciple d'Adler, Paul Diel se situe nettement dans la descendance adlérienne car le besoin d'estime et ses vicissitudes sont au cœur de sa psychologie. À noter qu'avant la guerre, Freud refusa de lire le livre que Diel lui avait envoyé, et qui deviendra en 1948 son ouvrage majeur, Psychologie de la motivation. »

« [1] Œdipe était littéralement « un enflé », d'abord par les pieds, mais Diel a découvert que les pieds étaient le symbole de l'âme. Nous dirions donc qu'il avait « la grosse tête ». Tant de héros mythiques ont perdu une sandale ou sont estropiés et boiteux. »

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Ouvrages de Paul Diel


Couvertures des éditions originales : archives C.Guyot.

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Comme toute forme vivante, l'être humain éprouve, parmi ses besoins naturels, celui d'évoluer. Chez l'être humain précisément, cette pulsion évolutive utilise l'instrument de l'esprit, visant une lucidité toujours plus grande : la spiritualisation. Dans la dynamique psychique produite par son rapport au monde, l'homme est guidé vers cette spiritualisation par motifs intérieurs et valorisations grâce à la sublimation. Spiritualisation et sublimation sont les moyens de la satisfaction réelle. Or, faux motifs et valorisations erronées peuvent au contraire mener à l'arrêt évolutif, à l'insatisfaction, à la maladie psychique : la fausse motivation, dont le trait caractéristique, la vanité, signale l'erreur, la défaillance.

La psychologie de la motivation, ou science des motifs, élaborée par Paul Diel, offre une méthode d'analyse introspective permettant la correction des valorisations psychiques et le redressement des motifs dans le sens de l'harmonisation des désirs, donc de l'harmonisation de l'individu et de son rapport au monde et à la vie, en vue de la satisfaction sensée de ses besoins vitaux.

Paul Diel
PSYCHOLOGIE DE LA MOTIVATION - Théorie et application thérapeutique (1948)
Petite Bibliothèque Payot n° 66  -  ISBN 978-2-228-89607-8 (2002)

« Dieu n'est pas une illusion ni une réalité, c'est une image mythique : la réponse émotive et imagée à la question sans réponse mais qui ne cessera jamais de se poser à l'être humain ». Tel est le postulat, tiré de son analyse psychologique des mythes, sur lequel Paul Diel fonde cette étude consacrée à l'histoire et à la signification du symbole Dieu, image centrale de toutes les mythologies.

La tentation a toujours été forte de prendre l'expression imagée à la lettre, de changer le comme si symbolique en un c'est ainsi dogmatique : de faire du Dieu mythique un Dieu réel. Mais l'histoire montre que l'interprétation littérale a été et demeure la source d'innombrables conflits entre croyants et athées, aussi bien qu'entre croyants eux-mêmes. Au-delà des croyances ou de leur négation, ce livre nous invite à retrouver la signification métaphysique et éthique contenue dans le symbolisme de la Divinité, et plus particulièrement dans sa représentation monothéiste propre à notre culture.

Paul Diel
LA DIVINITÉ - Étude psychanalytique (1950)
Petite Bibliothèque Payot n° 71  -  ISBN 978-2-228-89868-3 (2004)

« Quand on aura suivi Paul Diel dans les associations de mythes, quand on aura découvert avec lui une sorte d'homéomorphie des mythes en apparence très différents, on comprendra que le mythe couvre toute l'étendue du psychisme mis à jour par la psychologie moderne. Le personnage mythique a un surconscient, un moi et un subconscient.

« Ainsi, tout l'humain — et non pas un simple aspect de l'homme — est engagé dans le mythe. (…) C'est tout le problème de la destinée morale qui est engagé dans ce livre écrit par un psychologue d'une grande finesse. Dans le détail des pages où, répétons-le, est appliquée une méthode de constante rigueur, on verra se développer, à partir de leur racine psychologique profonde, les valeurs morales qui font de l'évolution humaine une destinée morale ».

Paul Diel - LE SYMBOLISME DANS LA MYTHOLOGIE GRECQUE
Seconde édition revue et mise à jour (1966), sans « Les mystères d'Éleusis » (voir
Articles)
Petite Bibliothèque Payot n° 7  -  ISBN 978-2-228-89606-1 (2002)

Le terme « angoisse » est habituellement limité à un ensemble de phénomènes psycho-pathologiques. Or, selon Paul Diel, l'inquiétude fondamentale, germe d'angoisse, est le trait caractéristique commun à tous les êtres vivants, car elle est déterminée par leur dépendance à l'égard d'un monde extérieur qui peut faire obstacle à la satisfaction des besoins vitaux. La nécessité biologique de surmonter l'inquiétude vitale commande l'évolution tant du psychisme que du soma.

Mais chez l'homme s'opère une transformation décisive : par le jeu imaginatif avec les désirs, l'obstacle s'intériorise, et c'est l'effort d'élucidation et de maîtrise de la vie psychique qui fonde la responsabilité de l'être humain. Comprendre le fonctionnement de la psyché humaine, c'est donc être à même de développer, à partir du besoin essentiel de surmonter l'angoisse, le déploiement des fonctions psychiques élémentaires jusqu'aux fonctions supérieures de l'homme : de la perceptivité primitive à la lucidité de la pensée. Par cette étude, Paul Diel nous propose une conception unificatrice de l'évolution et, partant, une définition du sens même de la vie.

Paul Diel - LA PEUR ET L'ANGOISSE - Phénomène central de la vie et de son évolution
Deuxième édition entièrement revue et remaniée (1968) (voir
Articles)
Petite Bibliothèque Payot n° 78  -  ISBN 978-2-228-89869-0 (2004)

Être aimé, s’aimer, aimer… C’est à ce besoin d’amour et d’estime que l’éducation doit répondre. Partant de ce besoin, et de celui, non moins vital, d’être guidé sans laxisme ni autoritarisme dans sa recherche d’autonomie, Paul Diel décrit ici les évolutions heureuses ou malheureuses de la personnalité de l’enfant et de l’adolescent.

Nul n’a parlé avec une telle finesse, une telle précision de ce que l’enfant peut éprouver, déchiré entre le besoin vital de jeu et les exigences du travail scolaire, ou encore des stratagèmes subconscients par lesquels l’adolescent tente de compenser la perte d’auto-estime et de confiance en soi.

Cet ouvrage regroupe une série d'articles originellement publiés par Paul Diel dans les « Cahiers de l'enfance » entre 1950 et 1960.

Paul Diel
LE BESOIN D'AMOUR - Tendresse, estime, autorité dans l'éducation des enfants
Essais Payot (Éditions Payot & Rivages)  -  ISBN
978-2-228-90220-5 (2007)

« L'éducation est l'événement le plus important dans la vie de chaque être humain » écrit Paul Diel.

Cet ouvrage reprend et applique à l'éducation et à la rééducation, la psychologie des motivations que Diel avait précédemment établie. Il propose une réponse nouvelle — fondée sur une définition biologiquement profonde de l'origine des valeurs : amour et sociabilité — aux questions concernant la vie individuelle ou sociale.

Ce n'est que par la prise de conscience de leurs motivations, et des jugements de valeur souvent contradictoires qui sous-tendent le but éducatif, que les adultes éducateurs, ou rééducateurs, peuvent répondre aux vrais besoins de l'enfant et de l'adolescent. C'est à mieux comprendre et à mieux contrôler — par voie d'auto-observation méthodique — ce jeu mi-conscient des motivations que cette étude de Diel nous invite.

Paul Diel
ÉDUCATION ET RÉÉDUCATION (1961)
Petite Bibliothèque Payot n° 19  -  ISBN 978-2-228-88227-9 (1989)

Ce journal d'un psychanalysé, écrit au cours des séances curatives (…) offre une illustration prise sur le vif de la méthode originale de Paul Diel. À la différence des autres interventions curatives, la méthode est fondée non sur une rétrospective, mais sur la mise à jour des motivations intimes présentes. Cette méthode garde du freudisme l'exploration du subconscient tout en changeant la technique d'investigation, qui n'accorde plus la prédominance à la sexualité.

Trois pulsions se partagent la vie psychique humaine : la pulsion matérielle qui cherche à conquérir la base matérielle de l'existence, la pulsion sexuelle et la poussée évolutive. Ces pulsions — cadre de tous les désirs — sont souvent dénaturées par une commune tendance à la perversion, dont l'égocentrisme vaniteux qui ne reconnaît aucune faute, est la forme la plus nocive. Il appartient à l'analyste d'élucider les fausses motivations cachées, de déjouer leurs justifications fallacieuses et de restituer aux mouvements psychiques la spontanéité naturelle.

Paul Diel
JOURNAL D'UN PSYCHANALYSÉ
Plon, 1964 (Non réédité en France mais disponible en anglais [USA & Canada])
Éditions Shambhala Publications - 978-1-570-62939-6 (2001)

Paul Diel examine dans ce livre les possibilités de surmonter la diversité des doctrines qui divisent les psychiatres et les psychologues sur les moyens proposés pour guérir les malades atteints dans leur psychisme.

La psychologie des profondeurs nous révèle l'existence d'un fonctionnement psychique extra-conscient, impossible à atteindre sans une méthode d'approfondissement capable de sonder l'intimité intrapsychique. L'insuffisance de cette analyse des profondeurs extra-conscientes a provoqué la querelle des écoles et la diversité des cures proposées.

Il faut rechercher en psychologie curative un critère d'objectivité capable de définir les causes intimes du bon ou du mauvais fonctionnement psychique : l'examen, par la sciences des motifs, des symptômes et de leur signification cachée.

Paul Diel - CULPABILITÉ ET LUCIDITÉ - Le complexe et le mythe d'Œdipe
Anciennement « Psychologie curative et médecine » (Delachaux et Niestlé, 1968)
et « Psychologie, psychanalyse et médecine » (Payot, 1987)
Petite Bibliothèque Payot n° 635  -  ISBN 978-2-228-90212-0 (2007)

Ce livre est l'aboutissement d'une recherche qui marque un tournant dans l'histoire de l'esprit.

Paul Diel, dont l'œuvre entière a eu pour fin l'étude des motifs intimes et de leurs expressions symboliques, dégage dans ce livre une cause profonde du désarroi de l'époque. Celle-ci tient à l'erreur séculaire de l'esprit porté à prendre à la lettre ses propres productions symboliques les plus élevées : les anciennes visions mythiques, fondement des cultures.

Cette erreur, qui n'a pas épargné le symbolisme dans la Bible, reste une source de désorientation philosophique et éthique lourde de conséquences individuelles et sociales.

Diel poursuit dans ce livre, qui est le dernier qu'il ait écrit, l'effort méthodique de restitution du sens caché des mythes, appliqué ici aux textes symboliques de la Genèse, du Prologue de Jean, et des Épîtres de Paul (Création et Chute, Incarnation, Résurrection).

Paul Diel
LE SYMBOLISME DANS LA BIBLE -

L'universalité du langage symbolique et sa signification (1975)
Petite Bibliothèque Payot n° 20 - ISBN 978-2-228-89605-4 (2002)

Ce livre a été établi à partir de textes rédigés par Paul Diel alors qu'il découvrait la correspondance précise, et de prime abord étonnante, entre le symbolisme des mythes et la psychologie de la motivation. Jeanine Solotareff a pu reprendre la « traduction » psychologique du symbolisme dans l'Évangile de Jean et l'étendre à l'ensemble du texte, verset après verset (…).

Le résultat est saisissant. Et c'est le message de Jésus dans son intégralité — sa foi entière dans le sens de la vie —, exprimé dans le symbolisme de ses actes et de ses discours, qui est ici restitué. Croyants et incroyants se trouvent confrontés à une lecture bouleversante de l'évangile, où raison et religiosité, au lieu de s'opposer jusqu'à l'absurde, se renforcent mutuellement.

Paul Diel et Jeanine Solotareff
LE SYMBOLISME DANS L'ÉVANGILE DE JEAN (1983)
Petite Bibliothèque Payot n° 200  -  ISBN 978-2-228-89815-7 (2004)

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Paul Diel et la psychologie de la motivation

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