L'état de l'environnement : passé, présent et avenir (partie 1)

Communiqué de presse PNUE/57 - 22.05.2002
Source : www.un.org.
L'État de l'environnement : passé, présent et avenir
Les faits : des choix difficiles au moment où le PNUE
lance le troisième rapport sur l'avenir de l'environnement mondial - GEO-3
(Publié tel que reçu)
Londres, 22 mai (PNUE) - Plus de 70 % des surfaces émergées pourraient être affectées par les effets de la construction de routes, des industries extractives, la construction de villes et autres grands équipements autour des 30 prochaines années à moins que des mesures ne soient prises d'urgence.
C'est l'Amérique latine et les Caraïbes qui serait la région la plus fortement touchée, avec plus de 80 % de sa superficie; viendrait aussitôt après l'Asie et le Pacifique. Dans cette région, plus de 75 % des terres pourraient être affectées par les perturbations des habitats et autres atteintes à l'environnement, du fait d'une croissance des infrastructures trop rapide et mal conçue.
Plus de la moitié des habitants de la planète pourraient vivre dans des zones souffrant de stress hydrique grave en 2032 si les forces du marché continuent à avoir la haute main sur l'évolution de la situation politique, économique et sociale mondiale.
L'Asie occidentale, qui englobe la péninsule Arabique, serait sans doute la région la plus touchée, puisque 90 % de sa population vivraient dans des zones souffrant de « stress hydrique grave » en 2032.
Cependant, la proportion d'êtres humains souffrant de la faim semble diminuer dans le monde. Dans l'un des scénarios retenus, la faim ne frappe plus que 2,5 % de la population mondiale en 2032, ce qui correspond aux objectifs de la Déclaration du Millénaire.
Une action concertée, celle des gouvernements, de l'industrie et des particuliers pourrait également permettre de réaliser une profonde réduction des émissions de gaz liées au réchauffement mondial. Les concentrations de dioxyde de carbone pourraient, moyennant une action publique et privée suffisante, commencer à se stabiliser dans l'atmosphère en 2032.
Ce sont là certains des résultats frappants que l'on peut lire dans le rapport GEO-3, troisième rapport sur « l'avenir de l'environnement mondial » par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). L'étude scrute les politiques suivies au cours des 30 dernières années et les impacts qu'elles ont eus sur l'environnement. Puis elle présente quatre scénarios pour les trois prochaines décennies (voir la partie du communiqué de presse intitulée « Des choix pour l'avenir ») et compare et contraste les effets probables sur les hommes et sur la nature.
Le rapport, établi par plus de 1'000 experts, dont beaucoup font partie du réseau mondial de centres coopérateurs, énonce que l'humanité se trouve à une étape cruciale de son existence, car les choix relatifs à la planète faits aujourd'hui, sont d'importance critique pour les forêts, les océans, les fleuves, les montagnes, la flore et la faune sauvages et les autres systèmes qui rendent la vie possible pour les générations présentes et futures.
GEO-3 conclut qu'une grande partie des changements que l'on constate dans l'environnement ont déjà eu lieu au cours des 30 dernières années, depuis la Conférence de Stockholm de 1972, qui a abouti à la création du PNUE.
Mais des améliorations ont été apportées dans des domaines tels que la qualité de l'eau des rivières et de l'air en Amérique du Nord et en Europe par exemple. L'action internationale de reconstitution de la couche d'ozone, qui est le bouclier protecteur de la Terre, par une réduction de la production et de la consommation de chlorofluorocarbones (CFC) est un autre succès notable. Mais de façon générale il y a eu une dégradation progressive de l'environnement, en particulier dans de vastes parties du monde en développement.
Cette dégradation de la qualité de l'environnement sur la planète Terre aggrave la vulnérabilité de sa population (chapitre 3 de GEO-3) aux risques naturels que sont les cyclones, les inondations et les sécheresses, et aux risques d'insécurité alimentaire, de maladies et de modes d'existence non viables à terme, selon les auteurs du rapport.
Les pauvres, ceux qui sont malades, tous ceux qui sont désavantagés, dans les sociétés et dans les différents pays et régions, sont particulièrement vulnérables. Dans une certaine mesure chacun est vulnérable aux menaces de l'environnement, mais tout indique que le fossé entre ceux qui peuvent se protéger contre l'aggravation de l'état de l'environnement et les autres ne cesse de s'élargir.
On estime que le nombre de personnes affectées par les catastrophes a augmenté, passant d'une moyenne de 147 millions par an durant les année 80, à 211 millions par an durant les années 90. Les pertes financières dans le monde, résultant des catastrophes naturelles, ont été estimées en 1999 à plus de 100 milliards de dollars.
La gravité des catastrophes causées par le climat augmente, et certains experts relient cette évolution au changement climatique aux émissions anthropiques. Durant les années 90, 90 % des victimes de ces catastrophes ont péri par suite des inondations, des tempêtes et des sécheresses.
Il ressort que presque toutes les évaluations et projections consignées dans le rapport trouvent leur origine dans le phénomène du réchauffement mondial, dont les effets pourraient perturber gravement les conditions météorologiques au cours des prochaines décennies.
GEO-3 indique aussi que la dégradation de l'environnement est fort coûteuse pour les pays, à d'autres égards. L'Inde par exemple perd plus de 10 milliards de dollars chaque année, soit 4,5 % de son produit intérieur brut du fait de cette dégradation ; la dégradation des sols causée par l'homme, à elle seule, cause une perte de productivité de 2,4 milliards de dollars environ.
La dégradation de l'environnement entraîne également une augmentation du risque sanitaire. La pollution par les eaux usées rejetées dans les mers « a précipité une crise sanitaire de proportions massives », selon le rapport.
Par exemple, l'absorption de coquillages pollués cause sans doute 2,5 millions de cas d'hépatite infectieuse chaque année, qui font 25'000 morts et à quoi il faut ajouter 25'000 personnes handicapées à long terme en raison de lésions hépatiques.
GEO-3 conclut que l'une des principales forces motrices n'est autre que les cas grandissants entre les parties riches et les parties pauvres de notre globe. Actuellement, un cinquième de la population mondiale jouit d'une prospérité élevée, qui paraît excessive à certains. Ce cinquième de l'humanité représente près de 90 % de la consommation personnelle totale mondiale. Par comparaison, quatre milliards d'êtres humains vivent avec moins de 1 ou 2 dollars par jour.
Dirigeants du monde entier, capitaines d'industrie, vous et moi :
le Sommet mondial pour le développement durable
Le Directeur exécutif du PNUE, M. Klaus Tœpfer, parlant lors de la cérémonie de lancement du rapport GEO-3, à Londres, a déclaré : « Je tiens à rendre hommage aux savants et aux experts qui ont rendu ce bilan possible. GEO-3, comme les deux rapports précédents, représente un travail collectif unique en son genre. Ce dernier rapport nous donne à réfléchir, car il nous propose quatre scénarios possibles pour les 30 prochaines années. Nous ne pouvons jamais savoir avec certitude ce qui nous attend, car l'avenir est une contrée inconnue. Mais nous en savons assez, à ce jour, pour voir que les décisions que nous avons prises, ou parfois l'absence de décisions, vont déterminer l'état de l'environnement et les conditions de survie des habitants de l'extraordinaire planète bleue en 2032 ».
« GEO-3 n'est ni une prophétie sinistre ni un voile jeté pudiquement sur la réalité qui nous attend. C'est l'évaluation qui fait le plus autorité à ce jour sur ce que nous avons été, ce à quoi nous sommes parvenus, et l'itinéraire que nous allons probablement emprunter. Les faits qui sont consignés dans ce rapport montrent la quantité énorme de connaissances désormais accumulées sur l'état réel de la Terre. Il souligne aussi les succès obtenus notamment par les gouvernements, l'industrie, le public, dans la tentative de rétablir et de préserver l'eau douce, le sol, la faune et la flore sauvages, l'océan, l'atmosphère, des atteintes et des coups qui leur sont portés, en particulier dans les continents et les pays qui ont les moyens de cette restauration » a dit M. Toepfer.
« Nous avons entre nos mains déjà des centaines de déclarations, d'accords, de directives, de traités légalement contraignants conçus pour remédier aux problèmes de l'environnement et écarter les menaces qu'ils posent pour la faune et la flore sauvages, la santé et le bien-être des hommes. Ayons maintenant le courage politique et trouvons les moyens novateurs de financer l'action nécessaire pour appliquer ces accords et pour guider l'évolution de la planète Terre vers un terrain plus salubre, vers une plus grande prospérité. Il y a 10 ans, les gouvernements se sont réunis à Rio pour le Sommet de la Terre. Dans trois mois seulement, nous nous réunirons au Sommet mondial pour le développement durable en Afrique du Sud. C'est un sommet du développement durable mais c'est aussi un sommet de l'environnement. L'environnement pour le développement, c'est là la maxime qui guide l'action du PNUE, car sans environnement, il ne pourrait y avoir aucune espèce de développement indispensable pour assurer l'équité aux générations présentes et futures. Nous avons besoin d'actions concrètes, de calendriers concrets, et surtout, de la part de tous, d'une volonté de fer. Ce n'est pas seulement la responsabilité des hommes politiques. Nous sommes tous en quelque sorte des actionnaires de cette entreprise mondiale. C'est alors seulement que les promesses faites à Rio se transformeront en réalité » a déclaré M. Toepfer.


