Partage : les associations font leur marché

Cet article, publié dans le journal Le Courrier, n° 180, des samedi 19, dimanche 20 et lundi 21 août 2006, est repris ici avec l'aimable autorisation de la rédaction, que nous remercions.
Il est ici question de la récolte des invendus alimentaires à Genève et de leur redistribution aux associations d'entraide. Voir à ce propos notre page consacrée à Partage.
Source : Journal Le Courrier, n° 180, 19.08.2006, www.lecourrier.ch.
Repas gratuits à Genève -
Les invendus alimentaires trouvent un débouché auprès des associations
Article signé Elsa Anghinolfi
Les invendus alimentaires ne sont plus perdus pour tout le monde. L'association genevoise Partage centralise depuis huit mois ces denrées — récoltées auprès de supermarchés de la place — pour les redistribuer à des associations. Un système qui bénéficie autant aux personnes démunies qu'aux enseignes donatrices, qui économisent ainsi sur les taxes.
Partage centralise depuis huit mois la récolte des invendus alimentaires
Des repas gratuits moins cher
Le soleil peine à se lever, mais on s'agite déjà dans l'entrepôt de l'association Partage (Partenariat alimentaire genevois) à Carouge. On se presse même. La tournée du jour commence à 7 h. Alors que les premiers commerçants installent leurs étals, Alain prend la route du centre-ville aux commandes d'un des deux camions de l'association.
Comme tous les jours depuis maintenant plus de six mois, les employés de Partage récoltent les invendus alimentaires que mettent à leur disposition certaines enseignes — et pas des moindres — de la région. Salades défraîchies, fromages bradés, pains de la veille… Chaque jour les camions de Partage rapportent dans leurs paniers nombre de denrées alimentaires, souvent invendables, mais tout à fait consommables.
« En période estivale, les quantités diminuent », précise Jacques, le copilote loquace de cette tournée matinale. La centrale alimentaire reçoit en moyenne quatre tonnes de nourriture par semaine. Après le tri, les aliments sont redistribués aux associations servant des repas gratuits aux personnes les plus démunies de la région genevoise.
Virée de ramassage au centre-ville
Le camion enclenche la marche arrière pour pénétrer dans l'entrepôt étroit d'un supermarché du centre-ville. « Bonjour, on est là pour Partage », annonce Jacques, la pipe au bec, devant des employés toujours très serviables. Et pour cause : l'activité de la centrale alimentaire leur est profitable. En offrant leurs invendus à Partage, les magasins partenaires font l'économie de 250 francs de taxe d'incinération par tonne de nourriture jetée. Et Cécile Bernal, directrice de Partage, de commenter : « On diminue les coûts de nos fournisseurs et, en plus, on leur offre une bonne image. »
Entre deux magasins, on discute ferme dans l'habitacle, histoire, peut-être, de se tenir éveillés. Jacques, qui se définit lui-même comme un « ethnologue autodidacte », raconte son parcours entre les caisses de pruneaux récupérées à Cornavin et les chariots de pains de la Jonction. « C'est un responsable d'Emmaüs qui m'a proposé ce travail alors que je quittais la communauté. » Comme trois de ses collègues, Jacques, chômeur en fin de droit, bénéficie d'un emploi payé par le canton pour un an.
Les associations font leur « marché »
Alors que la ville se réveille, le camion rentre à Carouge après un dernier détour dans une supérette d'Onex. Jacques décharge les denrées qu'Alain trie et inventorie. « Vingt pour cent de ce qui est ramassé passe directement à la poubelle », explique-t-il. Pour le reste des produits frais, direction les deux immenses chambres froides. En ce qui concerne la durée de vie des denrées, précise Mme Bernal, « nous collaborons avec le Service de la protection de la consommation de l'État de Genève afin de garantir qu'un yaourt périmé depuis peu est consommable en toute sécurité ».
En début d'après-midi, une petite camionnette d'Emmaüs se gare aux côtés des camions de Partage. Christina Scott, responsable de la Halte aux femmes, et Daniel, compagnon au Foyer d'Emmaüs, viennent « faire leur marché ». Vincent, un des civilistes mis au service de Partage, quitte en vitesse les bras de Morphée pour suivre les nouveaux arrivants dans une des chambres frigorifiques.
Cageots à la main, on fouille les stocks et on se sert. Tout en expliquant à Daniel et Christina que s'ils optent pour de la fondue ils doivent avoir des caquelons, Vincent trouve le temps de lister les radis, yaourts et autres produits frais qui remplissent rapidement les cagettes d'Emmaüs. « Certaines associations font parfois la fine bouche », avoue un des employés de Partage. « En refusant des aliments inhabituels, comme la choucroute et le tofu, ou en demandant des produits qu'on n'a pas. »
C'est un peu la chasse aux légumes les moins abîmés et surtout aux produits laitiers, denrées les plus prisées. Vincent modère les ardeurs des uns et des autres, toujours avec le sourire, avant de retourner fouiller les frigos à la recherche des vingt kilos de fromage d'Italie, égarés dans les chambres froides, que deux employés de l'Armée du Salut attendent de pied ferme. Finalement, les associations repartent, une à une, satisfaites et le coffre plein.
On mangera bien ce soir
Dans la cuisine impeccable de la Halte aux femmes d'Emmaüs, Christina tire un bilan plutôt positif de sa collaboration avec Partage. Sous les yeux intrigués des fillettes hébergées avec leurs mères, elle explique que, grâce à la centrale, elle a pu réduire son budget alimentaire. « Rien que pour le pain, explique-t-elle, on économise 120 francs par mois. » Même constat pour Marion Attiger, présidente des Colis du Cœur, association qui distribue des colis alimentaires aux foyers pauvres. Partage permet principalement à cette association d'offrir des mets plus diversifiés et équilibrés.
Ce soir, les femmes de la Halte prépareront les salades et les melons ramenés par Christina, pour la quinzaine de personnes qui soupent chaque soir dans leur cuisine.
Elsa Anghinolfi © Le Courrier



