Les dix crises humanitaires oubliées en 2006 (deuxième partie)


Les Congolais subissent privation et violence extrêmes

En 2006, le peuple habitant la vaste République démocratique du Congo (RDC) votait aux élections parlementaires et présidentielles pour la première fois depuis des décennies. Alors que les élections ont poussé brièvement la République démocratique du Congo sous les projecteurs des médias, mais des millions de Congolais continuent de subir privation et violence extrêmes hors de vue du reste du monde. Dans l'est du pays, riche en minéraux, une multitude de groupes armés, y compris l'armée nationale, utilisent la force contre la population civile qui demeure sous l’emprise de la violence. Au début de 2006, les combats entre l'armée congolaise et les forces rebelles Mai-Mai dans la province du Katanga, au sud-est, ont provoqué le déplacement de dizaines de milliers de Congolais. Forcée à vivre dans les conditions de grande promiscuité dans la ville de Dubie et ses environs, la population est victime de faim et de maladie, tandis que peu d’assistance est disponible. Dans la province orientale de Nord-Kivu, on constate des niveaux alarmants de violences sexuelles perpétrées contre les femmes : de janvier à juin 2006 seulement, MSF a traité environ 150 femmes par mois dans trois cliniques. Dans le district d'Ituri, les combats incessants  impliquant l’armée congolaise, soutenue par les forces onusiennes de maintien de la paix (MONUC) et diverses milices, ont mené à la destruction de nombreux villages, à des violences contre la population civile et à des déplacements considérables. En juin, 50 000 déplacés cherchaient refuge à Gety, une ville de 5000 habitants à 60 kilomètres au sud de Bunia, la capitale du district. Après avoir fui la destruction de leurs villages et passé des semaines ou des mois en forêt, ils arrivaient dans un état physique terrible ; MSF a traité des centaines d’enfants sévèrement malnutris dès l’ouverture de ses services. MSF répond aux épidémies de méningite, de malaria, de choléra et de rougeole dans tout le pays. Ce qui prouve bien que plus d'une décennie de conflit et de dévastation a fait s’effondrer un système de santé publique déjà anémique. Les conséquences se font même sentir dans des zones qui se trouvent hors des conflits actuels : récemment, MSF a commencé à soutenir un hôpital dans la province de Maniema, où les taux de mortalité étaient presque trois fois supérieurs à ceux d’une situation urgence.

Les Somaliens piégés par la guerre et les désastres

Le conflit actuel en Somalie génère peut-être une attention mondiale passagère, mais les conditions de vie quotidienne exécrables auxquelles doivent faire face les Somaliens demeurent largement oubliées. Depuis les 15 dernières années, la Somalie est en proie à un conflit interne ayant des conséquences catastrophiques sur la santé de sa population. La Somalie possède certains des pires indicateurs de santé du monde : son espérance de vie n’y serait que de 47 ans et plus d'un quart des enfants y meurent avant d’atteindre leur cinquième anniversaire. Le conflit de 2006 était caractérisé par d’intenses éclats de violence dans la capitale, Mogadiscio, et ses régions périphériques. En juillet, une coalition sous l’égide de l’Union des tribunaux islamiques a pris le contrôle de Mogadiscio aux milices qui pour des années, s’en prenaient à la population locale, gagnant rapidement le pouvoir du centre et du sud du pays. À la fin décembre, le gouvernement national transitoire appuyé par les Occidentaux et les Éthiopiens a forcé les tribunaux islamiques à quitter les régions qu'ils contrôlaient. Dans ce contexte d’insécurité politique, la Somalie a été frappée, en novembre, par des pluies torrentielles qui ont provoqué le débordement des rivières Shebelle et Juba, laissant des dizaines de milliers de familles sans abri et détruisant leurs récoltes de subsistance. Ceci s'est produit seulement six mois après que la région de Bay, nichée entre les deux rivières, eut souffert d’une sécheresse qui a conduit MSF à admettre plus de 600 enfants sévèrement malnutris à son hôpital de Dinsor. Les équipes de MSF tentent de répondre aux énormes lacunes de soins médicaux en fournissant des soins primaires et cliniques et des hôpitaux chirurgicaux, aussi bien que des programmes de traitement contre la malnutrition, la tuberculose, et le kala-azar dans plusieurs régions, incluant, Mogadiscio, Bakool, Bay, Galguduud, le Bas Juba, Mudug, le Moyen Shabelle et Mogadishio. En revanche, peu d'agences humanitaires choisissent de travailler en Somalie, puisque la violence y est si répandue et la structure tribale du pays si complexe. Mais sans services médicaux provenant de l'État, un besoin d’assistance s’y fait désespérément sentir.

Vivre dans la peur en Colombie

La Colombie entreprend sa cinquième décennie de violents conflits. Seul le Soudan connaît un plus grand nombre de déplacés. Massacres, exécutions, intimidation et peur demeurent une partie inévitable du quotidien de la population civile habitant les secteurs de conflits. Jusqu’à présent, près de trois millions de Colombiens ont fui leurs foyers à la suite d’un conflit alimenté par le trafic de stupéfiants, opposant les forces militaires du gouvernement, des groupes paramilitaires et les guérilleros armés de l’Armée de libération nationale (aussi connue sous l’acronyme espagnol ELN) et des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Depuis 2002, le Président Alvaro Uribe a lancé des campagnes militaires de grande échelle visant à regagner les territoires occupés par les groupes rebelles. Il a aussi placé des troupes gouvernementales dans plus de 1000 villes. Alors que la plupart des Colombiens croient en une amélioration de leur sécurité, avec moins d’enlèvements, une baisse d’activités criminelles et des routes plus sûres, ceux qui vivent dans les secteurs subissant les assauts des divers groupes armés, subissent au contraire une augmentation de violence et de souffrance. Les Colombiens vivant dans ces zones de conflits sont souvent privés de services de soins primaires, y compris les programmes d'immunisation. D’ailleurs, la perception qu'ils soutiendraient les groupes armés opérant localement rend trop dangereux la quête de soins hors de leurs villages, même lors d’urgences médicales. Nombre de déplacés ont trouvé refuge dans les bidonvilles qui surgissent autour des grandes villes colombiennes. Arrivés là, les déplacés sont soumis à la pauvreté, à des conditions de vies épouvantables, à un accès limité aux soins médicaux et services d’aide psychologique ; le risque d’épidémies y est toujours présent. Alors que la santé physique est un souci important, les troubles psychologiques, y compris les traumatismes aigus provoqués en étant spectateur ou victime d’événements violents, demeurent l’une des conditions les moins traitées. MSF dispose de cliniques fixes et mobiles dans les provinces d'Antioquia, Chocó, Cordoba, Norte de Santander, Nariño, Sucre, Bolivar, et Tolima, et ne peut que satisfaire certains des multiples besoins provoqués par la guerre qui ne cesse en Colombie.

Haïti - La violence fait rage dans la capitale volatile haïtienne

Mis à part un court sursis à la suite des élections présidentielles de février 2006, la violence et l'insécurité étaient répandues partout dans la capitale haïtienne de Port-au-Prince. Même avec un nouveau gouvernement élu au pouvoir, la violence comportait des confrontations entre les divers groupes armés de la ville, la Police nationale Haïtienne et la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) ; de multiples enlèvements et des violences sexuelles. Le nombre de patients traités dans quatre des structures médicales de MSF à Port-au-Prince indique les répercussions de cet incessant conflit urbain, de faible intensité, sur la population. Depuis décembre 2004, plus de 7000 individus ont dû être traités pour des blessures rattachées à la violence, y compris plus de 3000 victimes de blessures par balle, dont près de 1000 femmes et enfants, et 2600 victimes poignardées. Suite à une forte hausse des violences, au début de l’année 2006, MSF a appelé tous les groupes armés à respecter la sécurité des civils et à permettre l'accès aux soins médicaux d’urgence. Dans le bidonville appauvri de Cité Soleil, où 200 000 personnes sont effectivement privées d’accès aux services de soins médicaux, MSF a poursuivi son travail à l’hôpital Sainte-Catherine et au centre de santé Chapi pour venir en aide aux victimes de violences et fournir premiers soins et soins de santé maternelle. Le niveau élevé de mortalité maternelle en Haïti a mené MSF à ouvrir une nouvelle structure de santé en mars 2006 pour fournir des soins obstétriques d’urgence aux femmes vivant dans les secteurs les plus violents. La majorité des 1200 mères qui accouchent chaque mois requièrent des soins obstétriques d’urgence. MSF traite également les victimes de violence sexuelle dans la capitale, leur offrant des traitements psychologiques et médicaux complets.

Affrontements en Inde Centrale

D’incessants conflits subis dans diverses régions indiennes – y compris les États du nord-est d’Assam et de Manipur, exposés dans la liste des 10 crises humanitaires les moins médiatisées en 2005 – sont pratiquement passés inaperçus du reste du monde pour des années. Dans l’État indien central de Chhattisgarh, les affrontements entre les insurgés maoïstes, les forces de sécurité indienne et la milice anti-maoïste (aussi appelée Salwa Judum) durent depuis plus de 25 ans, obligeant plus de 50 000 civils à se déplacer, parfois de force. D’autres se sont réfugiés dans les états voisins. Des milliers de personnes ont perdu leurs moyens de subsistance et n’ont qu’un accès limité à leurs propres terres, à la nourriture, aux soins de santé essentiels et aux services médicaux d’urgence. MSF fournit des soins médicaux dans les camps de déplacés du district de Dantewada, situés dans le sud du Chhattisgarh. Les équipes médicales fournissent, en outre, des services de santé mobiles et un appui alimentaire aux populations dans le besoin des régions rurales éloignées. La situation au Chhattisgarh n’est qu’un des divers conflits armés qui sévissent en Inde depuis des années et où les civils sont pris entre divers belligérants. Par conséquent, nombre de personnes continuent de vivre dans un contexte de peur et de violence, avec peu ou pas d’accès à des soins de santé.

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Texte reproduit
avec l'accord de MSF


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